Vous confiez votre cheval à un professionnel pour le débourrer, le travailler ou le valoriser en compétition - mais sans contrat écrit précis, un accident, un désaccord sur les frais ou une vente qui n'aboutit pas peut rapidement tourner au litige coûteux. Que vous soyez propriétaire ou exploitant, la mise en place d'une convention claire est indispensable pour protéger vos intérêts.

Un poulain décédé lors d'un embarquement raté : 18 000 € de condamnation plus 1 200 € de préjudice moral. Un exploitant dont la rémunération était uniquement indexée sur la vente du cheval, et qui n'a jamais vu un centime parce que le cheval n'a pas été vendu. Ces situations arrivent. Elles sont évitables.

Ce guide, fondé sur une webconférence juridique de l'IFCE animée par une avocate spécialisée en droit équin, vous explique exactement ce que doit contenir un contrat d'exploitation, comment les frais se répartissent et dans quelles conditions la responsabilité de l'exploitant peut être engagée. Vous découvrirez également comment cette matière s'articule avec d'autres contrats équestres, comme le contrat de demi-pension ou le contrat de pension cheval.

Ce qu'il faut retenir en 6 points

  1. Le contrat d'exploitation est un contrat mixte : il combine un contrat de dépôt (phases de repos) et un contrat d'entreprise (phases de travail), avec des règles de responsabilité différentes selon la phase.
  2. Un contrat verbal est juridiquement valable, mais il est très difficile à prouver et expose les deux parties à des litiges coûteux. Le contrat écrit s'impose en pratique.
  3. La répartition des frais doit être réglée par écrit : trois formules existent (tout à la charge du propriétaire, tout à la charge de l'exploitant, frais partagés), chacune avec ses pièges.
  4. La rémunération de l'exploitant doit être prévue explicitement : un pourcentage sur vente uniquement, sans rémunération fixe, peut laisser l'exploitant sans aucun revenu si le cheval n'est pas vendu.
  5. En cas de blessure ou de décès pendant le travail, le propriétaire doit prouver trois éléments cumulatifs : le dommage, la faute de l'exploitant et le lien de causalité direct.
  6. La durée du contrat détermine les modalités de rupture : un CDD ne peut pas être rompu librement, un CDI peut l'être avec un préavis de 3 mois en matière équestre.

Qu'est-ce qu'un contrat d'exploitation de cheval ?

La mise en exploitation d'un cheval naît dès qu'un professionnel - entraîneur, déboureur, cavalier de sport - prend en charge un cheval pour le travailler, le débourrer ou le valoriser en compétition, en contrepartie d'une rémunération. Dès lors qu'une prestation est rémunérée, il existe un lien contractuel soumis au Code civil, qu'un écrit ait été signé ou non.

Ce contrat se distingue du simple contrat de pension : ici, l'exploitant ne se contente pas d'héberger le cheval, il le travaille activement dans le but de le valoriser, voire de le vendre. Cette distinction est particulièrement importante dans le cadre d'une demi-pension ou d'un entraînement classique, où les obligations et la responsabilité diffèrent sensiblement.

Un contrat mixte : deux qualifications juridiques

C'est le point le plus important à comprendre, et le plus souvent ignoré.

Le contrat d'exploitation n'est pas un contrat unique et homogène. Il se décompose en deux qualifications juridiques distinctes, qui coexistent tout au long de la relation contractuelle.

Ces deux qualifications ne sont pas anodines : elles déterminent les règles de responsabilité applicables en cas d'accident ou de dommage subi par le cheval.

Contrat de dépôt salarié : les phases de repos

Définition juridique. Le contrat de dépôt est défini à l'article 1915 du Code civil comme « l'acte par lequel on reçoit la chose d'autrui, à la charge de la garder et de la rendre en nature ». Lorsque le dépositaire est rémunéré pour cette garde, on parle de dépôt salarié, soumis à une obligation de garde renforcée (art. 1928 C. civ.).

Concrètement, le contrat de dépôt salarié s'applique à toutes les phases de repos et d'hébergement : le cheval est au box, au paddock, soigné mais non travaillé. L'exploitant est alors dépositaire du cheval - il doit le garder, le soigner et le restituer en bon état.

Pendant ces phases, la responsabilité du dépositaire est plus stricte : en cas de dommage, la faute est présumée à sa charge. C'est au dépositaire de prouver qu'il n'a pas commis de manquement. Cette présomption de responsabilité est un élément clé du droit équestre et de la jurisprudence en matière de garde d'animaux.

Contrat d'entreprise : les phases de travail

Définition juridique. Le contrat d'entreprise (ou louage d'ouvrage) est défini à l'article 1710 du Code civil comme « le contrat par lequel l'une des parties s'engage à faire quelque chose pour l'autre moyennant un prix convenu entre elles ». Il couvre toute prestation de services exécutée de façon indépendante.

Le contrat d'entreprise s'applique à toutes les phases de travail effectif : séances d'entraînement, débourrage, sorties en compétition, travail en longe, transport pour concours. L'exploitant est alors prestataire de services - il s'engage à réaliser une prestation dans les règles de l'art.

Pendant ces phases, la responsabilité de l'exploitant est engagée sur le fondement de la responsabilité contractuelle (art. 1231-1 C. civ.). Le propriétaire doit prouver une faute. Il n'y a pas de présomption. Cette distinction entre les deux régimes de responsabilité est fondamentale dans la jurisprudence équestre et détermine l'issue de nombreux litiges.

Pourquoi cette distinction est déterminante

La qualification retenue par le juge change tout en cas de litige.

Pendant le repos (dépôt salarié) : la faute de l'exploitant est présumée. C'est à lui de prouver qu'il a bien rempli son obligation de garde.

Pendant le travail (contrat d'entreprise) : le propriétaire doit prouver la faute de l'exploitant. Sans preuve, pas d'indemnisation.

Il existe des situations intermédiaires - la douche après l'entraînement, la préparation au transport - dont la qualification est discutée. L'exploitant a intérêt à les rattacher au contrat d'entreprise ; le propriétaire, au contrat de dépôt. C'est précisément pourquoi le contrat écrit doit anticiper ces zones grises. Une équipe juridique spécialisée peut vous aider à poser les bonnes questions et à structurer votre convention de manière à éviter ces ambiguïtés.

Faut-il obligatoirement un contrat écrit ?

Non. Un contrat verbal est juridiquement valable. Le droit français ne subordonne pas la validité d'un contrat d'exploitation à la rédaction d'un écrit. Un accord oral crée des droits et des obligations réciproques, dès lors que les parties se sont mises d'accord sur l'objet et le prix.

Mais un contrat verbal est extrêmement difficile à prouver - et en cas de litige, c'est la première difficulté que vous rencontrerez. La jurisprudence en droit équin a confirmé à plusieurs reprises cette difficulté, notamment dans les affaires portant sur les chevaux de course ou les chevaux de selle.

Voici les 5 raisons concrètes de toujours rédiger un contrat écrit, que vous opériez dans un centre équestre, avec des chevaux de sport ou des chevaux de course :

  1. Prouver l'existence du contrat d'exploitation (et non une simple pension ou un prêt à usage, qui n'impliquent pas les mêmes obligations).
  2. Clarifier la qualification juridique des différentes phases, pour éviter que le juge ne tranche seul selon les éléments dont il dispose.
  3. Préciser la répartition des frais vétérinaires, de maréchalerie, de transport et d'engagement en compétition - source numéro un des litiges entre propriétaires et exploitants.
  4. Fixer la rémunération de l'exploitant dans tous les scénarios, y compris celui où le cheval n'est pas vendu.
  5. Définir les modalités de rupture pour éviter une résiliation brutale et ses conséquences financières.

La FFE rappelle elle-même sur son espace propriétaire que l'absence de contrat écrit ne supprime pas la relation juridique - elle la rend simplement plus risquée pour les deux parties. Pour cette raison, un avocat spécialisé en contrats équins peut vous aider à structurer votre accord de manière à couvrir tous les scénarios.

Les clauses essentielles du contrat d'exploitation

Un contrat d'exploitation bien rédigé doit couvrir plusieurs points incontournables. Un contrat par cheval - jamais un contrat global pour plusieurs chevaux appartenant au même propriétaire. Cette disposition s'applique quel que soit le type de chevaux (chevaux de course, chevaux de selle, chevaux de sport) et le cadre d'exploitation (centre équestre, écurie privée, etc.).

Identification des parties et du cheval

Le contrat doit identifier précisément :

  • Les parties : nom, prénom, adresse, qualité (propriétaire / exploitant professionnel).
  • Le cheval : nom, race, robe, date de naissance, numéro SIRE, numéro de transpondeur (puce).
  • La remise du carnet d'identification : l'exploitant doit recevoir le document d'identification de l'équidé (DIE) à la prise en charge du cheval. Cette remise doit être mentionnée dans le contrat.

La visite vétérinaire d'entrée : une protection pour les deux parties

Point de vigilance. La visite vétérinaire d'achat ou d'entrée en exploitation est l'une des clauses les plus importantes du contrat - et l'une des plus souvent omises.

Cette visite doit être réalisée avant la prise en charge effective du cheval, par un vétérinaire désigné d'un commun accord. Son compte rendu est annexé au contrat.

Pourquoi est-ce essentiel ?

  • Pour le propriétaire : elle établit l'état de santé du cheval au moment de la remise. Si le cheval revient blessé ou malade, le propriétaire peut démontrer que la lésion est apparue pendant l'exploitation. Cette documentation est également cruciale en cas de litige portant sur un vice caché lors de la vente d'un cheval.
  • Pour l'exploitant : elle prouve que le cheval présentait déjà certaines pathologies à son arrivée. Il ne peut pas être tenu responsable d'une affection préexistante.

Sans ce document, les deux parties se retrouvent dans le flou en cas de litige sur l'état de santé du cheval.

Les assurances à prévoir

Deux types d'assurances doivent être prévus dans le contrat, et ils ne relèvent pas de la même partie :

À la charge de l'exploitant :

  • Responsabilité civile professionnelle couvrant les dommages causés au cheval confié (blessure, décès pendant le travail ou la garde) ET les dommages causés par le cheval à des tiers (cavalier blessé, tiers renversé). Cette assurance est particulièrement importante dans un centre équestre ou lors d'entraînement de chevaux de sport.

À la charge du propriétaire :

  • Assurance mortalité et frais vétérinaires couvrant le cheval lui-même. En cas de décès ou de maladie grave, c'est cette assurance qui indemnise le propriétaire - indépendamment de toute faute de l'exploitant.

Ces deux couvertures sont complémentaires. L'absence de l'une ou de l'autre expose l'une des parties à des pertes financières considérables. En cas de faute vétérinaire ou d'accident, une responsabilité civile équestre bien structurée peut faire la différence entre une indemnisation complète et une perte totale.

La clause option d'achat : attention engagement irrévocable

Définition. L'option d'achat est la clause par laquelle le propriétaire s'engage, dès la signature du contrat, à vendre son cheval à l'exploitant si celui-ci lève l'option pendant la durée du contrat.

C'est un engagement irrévocable pour le propriétaire. Une fois l'option d'achat signée, le propriétaire ne peut plus revenir en arrière si l'exploitant décide de l'exercer.

Deux conditions sont indispensables pour que cette clause soit valable :

  1. Le prix de vente doit être fixé dans le contrat, ou à défaut, les éléments objectifs permettant de le déterminer (valeur de marché à la date de levée de l'option, résultats sportifs, expertise vétérinaire, etc.).
  2. La durée pendant laquelle l'option peut être levée doit être clairement indiquée.

Ne signez pas une option d'achat à la légère. Si votre cheval prend de la valeur pendant l'exploitation - ce qui est précisément l'objectif - vous serez contraint de le vendre au prix fixé initialement. Cette clause est particulièrement délicate dans le contexte d'un contrat de vente d'un cheval ou d'une exploitation de chevaux de sport.

Le mandat de vente

Distinct de l'option d'achat, le mandat de vente autorise l'exploitant à rechercher un acheteur et à vendre le cheval au nom et pour le compte du propriétaire, dans des conditions prédéfinies.

Le contrat doit préciser :

  • Le prix minimum de vente en dessous duquel l'exploitant ne peut pas conclure.
  • La commission de l'exploitant en cas de vente réalisée.
  • Les modalités de compte rendu : l'exploitant doit informer le propriétaire des démarches effectuées et des offres reçues.

Répartition des frais et rémunération de l'exploitant

C'est la source de conflits la plus fréquente. Trois formules existent, chacune avec ses avantages et ses pièges.

Formule Frais courants Frais vétérinaires exceptionnels Rémunération exploitant
Tout à la charge du propriétaire Propriétaire Propriétaire Redevance fixe ou pourcentage sur vente
Tout à la charge de l'exploitant Exploitant À préciser, souvent propriétaire Obligatoirement réelle et distincte des frais
Frais partagés Répartition définie par le contrat Répartition définie par le contrat Redevance fixe ou pourcentage sur vente

Piège majeur de la formule "tout à la charge de l'exploitant" : les frais vétérinaires exceptionnels - coliques, chirurgie, fracture - peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros. Il est indispensable de prévoir soit un montant maximum au-delà duquel les frais reviennent au propriétaire, soit une liste limitative des frais pris en charge par l'exploitant.

Autre piège critique : si l'exploitant supporte tous les frais, la rémunération prévue doit être réelle et distincte du simple remboursement des frais. Si ce n'est pas le cas, le juge peut requalifier le contrat - et les conséquences juridiques changent radicalement.

Sur la rémunération de l'exploitant, deux formules sont courantes :

  • Redevance fixe mensuelle : l'exploitant est payé chaque mois, indépendamment du résultat sportif ou de la vente du cheval. C'est la formule la plus sécurisante pour lui.
  • Pourcentage sur la vente : l'exploitant perçoit un pourcentage du prix de vente si le cheval est vendu pendant la durée du contrat.

Point de vigilance. Si la rémunération est uniquement un pourcentage sur vente, et que le cheval n'est pas vendu à l'issue du contrat, l'exploitant peut se retrouver sans aucune rémunération pour des mois ou des années de travail. Ce scénario doit être anticipé par écrit : soit en prévoyant une rémunération fixe minimale, soit en précisant ce qui se passe en cas de non-vente.

Blessure ou décès du cheval : quand l'exploitant est-il responsable ?

Quand un cheval se blesse ou décède pendant son exploitation, la question de la responsabilité est immédiate. La réponse dépend d'abord de la phase pendant laquelle le dommage est survenu (repos ou travail), puis des éléments de preuve disponibles.

Les 3 éléments cumulatifs à prouver

Lorsque le dommage survient pendant une phase de travail (contrat d'entreprise), la responsabilité de l'exploitant est engagée sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil. Le propriétaire doit prouver trois éléments cumulatifs :

  1. Le dommage : la blessure ou le décès du cheval, documenté (constats vétérinaires, photos, témoignages).
  2. La faute de l'exploitant : un manquement à son obligation d'assurer la sécurité du cheval pendant le travail. Par exemple : utilisation d'un enrênement trop serré et restrictif sur un jeune cheval lors du débourrage, contraire aux bonnes pratiques et à l'éthique professionnelle.
  3. Le lien de causalité direct et certain entre la faute et le dommage : la faute doit être la cause directe du dommage, pas simplement un facteur parmi d'autres.

Si l'un de ces trois éléments fait défaut, la responsabilité de l'exploitant ne peut pas être retenue.

L'obligation de moyens simples : ni plus, ni moins

Définition. L'obligation de moyens est l'obligation pour le débiteur de mettre en œuvre tous les moyens raisonnables pour atteindre un résultat, sans garantir ce résultat. Elle s'oppose à l'obligation de résultat, où le débiteur est responsable dès lors que le résultat n'est pas atteint, quelle qu'en soit la cause.

Pendant les phases de travail, l'exploitant est soumis à une obligation de moyens simples : il doit travailler le cheval avec soin, compétence et en respectant les bonnes pratiques équestres - mais il ne garantit pas que le cheval ne se blessera jamais.

Un cheval peut se blesser sans que l'exploitant ait commis la moindre faute. Dans ce cas, le propriétaire ne sera pas indemnisé - sauf à prouver un manquement précis.

Les 3 causes d'exonération

L'exploitant peut s'exonérer de sa responsabilité en prouvant l'une de ces trois causes :

  1. La force majeure : un événement extérieur, imprévisible et irrésistible qui a causé le dommage (art. 1218 C. civ.). Exemple : un orage soudain et violent qui affole le cheval.
  2. La faute de la victime (le cheval lui-même) : le comportement imprévisible et incontrôlable du cheval est la cause exclusive du dommage, sans que l'exploitant ait commis de négligence.
  3. Le fait d'un tiers extérieur au contrat : une personne étrangère à la relation contractuelle a causé ou contribué au dommage.

Ces causes d'exonération doivent être prouvées par l'exploitant. Elles ne se présument pas.

Cas pratique : le débourrage du poulain (18 000 € + 1 200 €)

Voici un cas jurisprudentiel concret, issu de la webconférence IFCE, qui illustre parfaitement l'articulation de ces règles.

Les faits. M. L, propriétaire d'un poulain Selle Français, confie verbalement à M. P le débourrage selon la méthode Blondeau. Lors d'une tentative d'embarquement - le poulain n'avait jamais voyagé et était très stressé - M. P était seul. Plusieurs tentatives échouées. Le poulain chute et décède.

La qualification retenue. Le juge a qualifié l'embarquement comme faisant partie intégrante de la phase de débourrage, donc relevant du contrat d'entreprise. Ce n'était pas une simple phase de repos ou de garde.

La faute retenue. Face à la panique du poulain, M. P aurait dû suspendre les opérations ou se faire aider. Continuer seul à tenter l'embarquement d'un jeune cheval paniqué constitue une négligence dans la sécurité du cheval confié.

La condamnation.

  • 18 000 € au titre de la valeur du poulain, fixée par expertise avec prise en compte de la perte de chance d'exploitation en compétition (le cheval avait un potentiel sportif non encore réalisé).
  • 1 200 € au titre du préjudice moral du propriétaire.

Ce cas illustre deux points essentiels : la qualification de la phase en cours au moment du dommage peut être déterminante, et la valeur indemnisée peut dépasser largement la valeur vénale brute du cheval si un potentiel sportif est démontré.

Les situations "entre deux" : un enjeu de qualification

Certaines situations ne relèvent clairement ni du repos ni du travail : la douche après l'entraînement, la préparation au transport, la mise au paddock après une séance.

Ces zones grises sont un enjeu stratégique en cas de litige.

  • L'exploitant a intérêt à les qualifier de contrat d'entreprise : la faute devra être prouvée par le propriétaire.
  • Le propriétaire a intérêt à les qualifier de contrat de dépôt salarié : la faute sera présumée à la charge de l'exploitant.

Le contrat écrit peut anticiper ces situations en précisant explicitement quelles activités relèvent de chaque qualification. C'est une protection concrète pour les deux parties.

Durée du contrat et modalités de rupture

La durée du contrat détermine entièrement les conditions dans lesquelles il peut être rompu. Deux régimes s'opposent.

Point comparé CDD, durée déterminée CDI, durée indéterminée
Durée Fixée dès la signature Non fixée
Rupture anticipée Impossible sauf accord amiable, force majeure ou inexécution grave Libre à tout moment
Préavis Non applicable, sauf clause contraire 3 mois, selon l'usage en matière équestre
Risque principal Être contraint de maintenir le contrat jusqu'au terme Rupture brutale sans préavis suffisant

Pour le CDD : une rupture anticipée unilatérale expose la partie qui rompt à une indemnisation de l'autre partie pour le préjudice subi. Seules trois situations permettent de rompre sans indemnité : l'accord amiable des deux parties, la force majeure, ou l'inexécution grave d'une obligation essentielle par l'autre partie.

Pour le CDI : la résiliation est libre, mais elle doit respecter un délai de préavis raisonnable. En matière équestre, l'usage retient 3 mois. Une résiliation sans préavis ou avec un préavis insuffisant peut engager la responsabilité de la partie qui rompt.

Point de vigilance. Quelle que soit la durée choisie, le contrat doit prévoir une clause de résiliation pour faute : si l'une des parties manque gravement à ses obligations (mauvais traitements, non-paiement, refus de restituer le cheval), l'autre partie doit pouvoir mettre fin au contrat sans attendre le terme ou l'expiration du préavis.

FAQ - Questions fréquentes sur le contrat d'exploitation de cheval

Un contrat d'exploitation verbal est-il valable ?

Oui, un contrat verbal est juridiquement valable en droit français. Le Code civil ne subordonne pas la validité d'un contrat d'exploitation à la rédaction d'un écrit. Mais en pratique, un contrat verbal est presque impossible à prouver en cas de litige. Qui paie quoi ? Quelle était la durée prévue ? Quelle rémunération avait été convenue ? Sans écrit, chaque partie peut soutenir une version différente, et le juge tranchera avec les éléments dont il dispose - souvent au détriment de celui qui n'a pas de preuve. Le contrat écrit reste indispensable.

Qui paie les frais vétérinaires si le cheval se blesse pendant le travail ?

Cela dépend de ce que prévoit le contrat. Si aucune clause ne le précise, les frais vétérinaires courants sont généralement à la charge du propriétaire. Les frais vétérinaires exceptionnels (coliques, chirurgie) restent presque toujours à la charge du propriétaire, même dans les formules où l'exploitant supporte les frais courants - sauf clause contraire explicite. L'indemnisation par l'exploitant n'est possible que si sa responsabilité est établie (faute prouvée + lien de causalité).

L'exploitant est-il automatiquement responsable si le cheval se blesse ?

Non. Pendant les phases de travail (contrat d'entreprise), la responsabilité de l'exploitant n'est pas automatique. Le propriétaire doit prouver une faute de l'exploitant, un dommage et un lien de causalité direct entre les deux. L'exploitant est soumis à une obligation de moyens simples, pas à une obligation de résultat. Un cheval peut se blesser sans que l'exploitant ait commis la moindre négligence. En revanche, pendant les phases de repos (contrat de dépôt salarié), la faute de l'exploitant est présumée, et c'est à lui de prouver qu'il a bien rempli son obligation de garde.

Peut-on prévoir une option d'achat dans un contrat d'exploitation ?

Oui, et c'est même fréquent dans les contrats d'exploitation de chevaux de sport. Mais attention : l'option d'achat est un engagement irrévocable pour le propriétaire. Une fois signée, si l'exploitant lève l'option, le propriétaire est contraint de vendre au prix prévu. Le contrat doit impérativement fixer le prix ou les critères objectifs permettant de le déterminer, ainsi que la durée pendant laquelle l'option peut être levée. Ne signez jamais une option d'achat sans avoir évalué précisément le potentiel de valorisation de votre cheval.

Comment rompre un contrat d'exploitation avant son terme ?

Si le contrat est à durée déterminée (CDD), la rupture anticipée unilatérale n'est pas possible sauf accord amiable des deux parties, force majeure ou inexécution grave d'une obligation essentielle par l'autre partie. Si le contrat est à durée indéterminée (CDI), la résiliation est libre mais doit respecter un préavis de 3 mois (usage en matière équestre). Dans tous les cas, une rupture brutale ou sans motif légitime expose la partie fautive à une indemnisation.

Quelle différence entre contrat d'exploitation et contrat de pension ?

Le contrat de pension couvre uniquement l'hébergement, les soins et l'alimentation du cheval. L'exploitant ne travaille pas le cheval. Le contrat d'exploitation, lui, implique un travail actif du cheval - débourrage, entraînement, compétition - avec un objectif de valorisation. Cette différence de qualification change les règles de responsabilité applicables et la nature des obligations de chaque partie. Confondre les deux peut avoir des conséquences importantes en cas de litige.

Que faire si l'exploitant ne reverse pas les gains de compétition ?

Si le contrat prévoit que les gains de compétition reviennent en tout ou partie au propriétaire, leur non-reversement constitue un manquement contractuel. Le propriétaire peut mettre l'exploitant en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, puis engager une action en responsabilité contractuelle sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil. Pour éviter ce type de litige, le contrat doit préciser clairement la répartition des gains, les délais de reversement et les modalités de justification (relevés de gains FFE, etc.).

Quel délai de préavis pour résilier un contrat d'exploitation ?

Pour un contrat à durée indéterminée (CDI), l'usage en matière équestre retient un préavis de 3 mois. Ce délai n'est pas fixé par la loi mais résulte de la pratique professionnelle du secteur. Il peut être allongé ou raccourci par accord entre les parties, à condition de le préciser dans le contrat. Pour un contrat à durée déterminée, le préavis ne s'applique pas : le contrat prend fin à son terme, sauf résiliation anticipée dans les conditions prévues.

Vous souhaitez sécuriser votre contrat d'exploitation ?

Un contrat d'exploitation mal rédigé - ou absent - peut coûter très cher, que vous soyez propriétaire ou exploitant. Les litiges les plus fréquents portent sur la répartition des frais, la rémunération de l'exploitant en cas de non-vente, et la responsabilité en cas de blessure du cheval.

Deux services pour vous protéger :

  • Relecture et audit de contrat : vous avez déjà un contrat à signer ou en cours ? Faites-le relire par un avocat spécialisé en droit équin avant de vous engager.
  • Rédaction sur mesure : vous partez de zéro ? Un contrat rédigé par un avocat spécialisé anticipe les situations à risque et protège vos intérêts dans tous les scénarios.

Sources utiles

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