Dans l’environnement équestre, un accident ne résulte pas toujours du comportement imprévisible d’un cheval ou d’une erreur humaine. Une étrivière qui se rompt, un box présentant une partie coupante, un aliment contaminé ou un produit de soin mal étiqueté peuvent causer des blessures graves au cavalier comme à l’animal.

Lorsqu’un dommage est provoqué par un produit qui n’offre pas la sécurité normalement attendue, la responsabilité du producteur peut être engagée sur le fondement du régime spécial des produits défectueux.

Ce mécanisme concerne aussi bien les propriétaires de chevaux que les centres équestres, écuries de propriétaires, élevages, cavaliers professionnels, fabricants, distributeurs et vendeurs de matériel équin.

Il permet, sous certaines conditions, d’obtenir l’indemnisation des conséquences d’un accident sans avoir à démontrer une faute du fabricant.

Qu’est-ce qu’un produit défectueux en droit équin ?

L’article 1245 du Code civil prévoit que le producteur est responsable du dommage causé par le défaut de son produit, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime. Le régime s’applique donc même lorsque la victime n’a pas acheté directement le produit auprès du fabricant.

Un produit est considéré comme défectueux lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle une personne peut légitimement s’attendre.

L’appréciation ne repose pas uniquement sur un défaut visible de fabrication. Le juge tient notamment compte :

  • de la présentation du produit ;
  • des avertissements et instructions fournis ;
  • de l’usage raisonnablement prévisible du produit ;
  • de sa date de mise en circulation ;
  • des caractéristiques de ses utilisateurs ;
  • de l’environnement dans lequel il est normalement employé.

Le seul fait qu’un modèle plus récent ou plus performant ait ensuite été commercialisé ne suffit pas à démontrer que l’ancien produit était défectueux.

En droit équin, la notion de produit peut couvrir une très grande variété de biens : matériel de sellerie, équipements d’écurie, produits vétérinaires ou de soin, aliments, fourrages, clôtures électriques, pièces de vans ou encore éléments incorporés dans un bâtiment.

Le document préparatoire rappelle justement que le régime peut concerner des produits aussi différents que le foin, les équipements de sellerie ou les installations d’un box.

Accident ou litige équin

Un cheval ou un cavalier a été blessé par un équipement défectueux ?

Fabricant, vendeur, centre équestre, installateur ou assureur : plusieurs responsabilités peuvent être engagées. Faites analyser rapidement les preuves, les recours et les délais applicables à votre dossier.

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Quels produits peuvent être concernés dans le secteur équin ?

Le Code civil retient une définition particulièrement large du produit. Il s’agit de tout bien meuble, même lorsqu’il est incorporé dans un immeuble. Les produits du sol, de l’élevage, de la chasse et de la pêche sont expressément inclus.

Catégorie Exemples de produits Risques possibles
Matériel de sellerie Selles, sangles, étriers, étrivières, mors, licols et longes Chute du cavalier, rupture du matériel ou blessure du cheval
Équipements de protection Casques, gilets de protection et protections des membres Protection insuffisante ou aggravation des blessures
Alimentation équine Foin, granulés, compléments alimentaires et fourrages Intoxication, maladie, coliques ou décès du cheval
Produits de soin Désinfectants, répulsifs, shampoings et produits cutanés Réaction allergique, brûlure ou présence d’une substance dopante
Équipements d’écurie Boxes, portes, cloisons, mangeoires et abreuvoirs Coupure, membre coincé ou blessure grave du cheval
Transport du cheval Vans, camions, barres de poitrail et systèmes d’attache Chute, écrasement ou blessure pendant le transport
Installations extérieures Clôtures, électrificateurs, obstacles et équipements de carrière Électrisation, fuite, chute ou collision

Dans le secteur équin, peuvent notamment être concernés :

  • les selles, sangles, étriers et étrivières ;
  • les mors, licols, longes et enrênements ;
  • les casques et gilets de protection ;
  • les couvertures et équipements de transport ;
  • les aliments, granulés, compléments et fourrages ;
  • les produits de soin, désinfectants et répulsifs ;
  • les clôtures, électrificateurs et accessoires de paddock ;
  • les portes, cloisons et parois de boxes ;
  • les obstacles et équipements de carrière ;
  • les pièces ou aménagements d’un van ou d’un camion ;
  • les dispositifs médicaux et certains équipements vétérinaires.

Un box peut ainsi constituer un produit au sens de ce régime, même s’il a ensuite été installé ou intégré dans une écurie.

À quel moment un produit est-il juridiquement défectueux ?

Un produit n’est pas nécessairement défectueux parce qu’il est ancien, usé ou moins performant qu’un produit plus récent.

Il faut démontrer une insuffisance de sécurité.

Cette insuffisance peut prendre plusieurs formes.

Un défaut de conception

Le produit a été conçu d’une manière qui crée un danger anormal lors de son utilisation normale.

Ce peut être, par exemple :

  • une paroi de box permettant au cheval de coincer un membre ;
  • une pièce métallique présentant une arête dangereuse ;
  • un système de fermeture susceptible de s’ouvrir sous une traction normalement prévisible ;
  • une clôture ou une porte dont la conception expose l’animal à un risque de blessure.

Un défaut de fabrication

Le produit a été correctement conçu, mais l’exemplaire mis en circulation présente une anomalie.

Il peut s’agir :

  • d’une couture insuffisante ;
  • d’un cuir fragilisé ;
  • d’une pièce mal assemblée ;
  • d’un mousqueton fissuré ;
  • d’un défaut de soudure ;
  • d’une contamination affectant un lot d’aliments.

Une information ou une notice insuffisante

Le défaut peut également provenir d’un manque d’information.

Un produit de soin peut, par exemple, présenter un danger lorsque :

  • sa composition est incomplète ;
  • une substance potentiellement dopante n’est pas signalée ;
  • les contre-indications ne sont pas mentionnées ;
  • les conditions de conservation sont insuffisamment précisées ;
  • les précautions d’utilisation sont absentes ;
  • la durée de consommation après ouverture n’est pas clairement indiquée.

Le document de travail souligne qu’un produit équin contenant une substance dopante non mentionnée pourrait ne pas offrir la sécurité normalement attendue.

Qui peut être considéré comme producteur ?

Le terme « producteur » ne désigne pas uniquement l’entreprise qui assemble le produit fini.

Peuvent notamment être considérés comme producteurs :

  • le fabricant du produit fini ;
  • le producteur d’une matière première ;
  • le fabricant d’une pièce composante ;
  • l’entreprise qui appose son nom ou sa marque sur le produit ;
  • l’importateur professionnel dans certaines situations.

Le Code civil retient donc une définition large du responsable potentiel.

Dans le cadre d’un produit vendu sous marque blanche, le professionnel qui présente le produit comme étant le sien peut être juridiquement assimilé au producteur.

Lorsque le véritable producteur ne peut pas être identifié, le fournisseur peut également être recherché, sous réserve des règles lui permettant de désigner le fabricant ou son propre fournisseur.

Cette question est particulièrement importante dans le secteur équin, où les circuits de distribution comprennent fréquemment plusieurs intervenants : fabricant, importateur, grossiste, marque, sellerie physique, boutique en ligne et revendeur professionnel.

Le vendeur peut-il être responsable ?

Le vendeur n’est pas automatiquement responsable au titre du régime des produits défectueux lorsqu’il est possible d’identifier le véritable producteur.

Cependant, sa responsabilité peut être recherchée sur d’autres fondements, notamment :

  • la garantie légale des vices cachés ;
  • le manquement à son obligation de sécurité ;
  • le défaut de conseil ;
  • le manquement à son obligation d’information ;
  • la responsabilité contractuelle ;
  • une faute personnelle dans le stockage ou la conservation du produit.

Il est donc essentiel de ne pas limiter l’analyse au seul régime des produits défectueux.

Un aliment peut avoir été correctement fabriqué, mais être devenu dangereux en raison de mauvaises conditions de stockage chez le vendeur ou l’utilisateur. Dans ce cas, la responsabilité du fabricant ne sera pas nécessairement engagée.

À l’inverse, un distributeur ayant fourni des conseils inadaptés ou omis une information essentielle peut engager sa propre responsabilité.

La victime doit-elle prouver une faute du fabricant ?

Non.

La responsabilité du fait des produits défectueux constitue une responsabilité de plein droit. La victime n’a pas à démontrer que le fabricant a commis une négligence ou n’a pas respecté les règles de l’art.

Le respect d’une norme technique ou l’existence d’une autorisation administrative ne suffit donc pas nécessairement à écarter la responsabilité du producteur.

En revanche, la victime doit prouver trois éléments :

  1. un dommage ;
  2. le défaut du produit ;
  3. le lien de causalité entre ce défaut et le dommage.

Cette distinction est fondamentale : la faute n’a pas à être démontrée, mais le défaut et son rôle dans l’accident doivent être établis.

Les trois conditions pour engager la responsabilité du producteur
Élément à prouver Ce que la victime doit démontrer Exemples de preuves
1. Le dommage Une blessure du cavalier, un décès, une blessure du cheval, une perte de valeur ou une perte d’exploitation. Certificat médical, dossier vétérinaire, factures de soins, expertise et justificatifs des pertes financières.
2. Le défaut du produit Le produit n’offrait pas la sécurité à laquelle son utilisateur pouvait légitimement s’attendre. Expertise technique, photographies, analyses de laboratoire, constat, défaut visible ou usure anormalement rapide.
3. Le lien de causalité Le défaut du produit est bien à l’origine du dommage subi. Témoignages, vidéos, position du matériel après l’accident, rapport d’expertise et chronologie précise des faits.

Quels dommages peuvent être indemnisés ?

Les blessures du cavalier ou d’un tiers

Le régime couvre les atteintes à la personne.

Peuvent notamment être indemnisés :

  • les frais médicaux ;
  • les pertes de revenus ;
  • le déficit fonctionnel temporaire ou permanent ;
  • les souffrances endurées ;
  • le préjudice esthétique ;
  • le préjudice professionnel ;
  • le besoin d’assistance par une tierce personne ;
  • certains préjudices des proches ;
  • les conséquences d’un décès.

En cas d’accident grave, une expertise médicale est généralement nécessaire pour évaluer précisément les différents postes de préjudice.

Les blessures ou le décès du cheval

En droit civil, l’animal est reconnu comme un être vivant doué de sensibilité, mais il demeure soumis au régime juridique des biens, sous réserve des lois qui le protègent.

La blessure ou le décès d’un cheval constitue donc, dans ce cadre, un dommage matériel.

Peuvent notamment être réclamés :

  • les frais vétérinaires ;
  • les frais de clinique et d’hospitalisation ;
  • les frais de transport sanitaire ;
  • les frais de rééducation ;
  • la perte de valeur du cheval ;
  • la perte d’usage ;
  • la perte d’exploitation ;
  • les frais liés à l’euthanasie ;
  • la valeur économique de l’animal en cas de décès ;
  • dans certaines situations, un préjudice moral distinct.

Le régime spécial des produits défectueux s’applique aux dommages causés à un bien autre que le produit défectueux lui-même lorsque leur montant dépasse le seuil fixé par décret, actuellement présenté comme étant de 500 € dans le document étudié.

En revanche, la détérioration du produit défectueux lui-même n’est pas indemnisée sur ce fondement. Elle peut toutefois relever d’une garantie contractuelle ou de la garantie des vices cachés.

Comment prouver qu’un produit est défectueux ?

La preuve constitue généralement le point central du dossier.

Après un accident, il est indispensable de conserver le produit dans son état d’origine.

La victime ou le professionnel concerné doit, dans la mesure du possible :

  • ne pas jeter ni réparer le produit ;
  • ne pas le retourner immédiatement au vendeur sans précaution ;
  • photographier précisément le matériel et le lieu ;
  • conserver l’emballage et la notice ;
  • relever le numéro de série et le numéro de lot ;
  • conserver la facture d’achat ;
  • recueillir les témoignages ;
  • faire établir un constat de commissaire de justice si nécessaire ;
  • conserver les certificats médicaux et vétérinaires ;
  • demander une expertise amiable ou judiciaire ;
  • déclarer rapidement le sinistre aux assureurs concernés.

Pour les aliments ou produits consommables, il convient également de conserver :

  • un échantillon du produit ;
  • l’étiquette ;
  • le conditionnement ;
  • le numéro de lot ;
  • les conditions de stockage ;
  • les dates d’ouverture et de distribution ;
  • les éventuels restes de ration ;
  • les analyses toxicologiques ou microbiologiques.

En pratique, la disparition du produit peut rendre la preuve beaucoup plus difficile.

L’expertise est-elle indispensable ?

Elle n’est pas juridiquement obligatoire dans tous les dossiers, mais elle est souvent déterminante.

L’expert peut rechercher :

  • une rupture anormale ;
  • une faiblesse de fabrication ;
  • une usure prématurée ;
  • une erreur de montage ;
  • une conception dangereuse ;
  • une contamination ;
  • le non-respect des préconisations d’utilisation ;
  • l’origine exacte du dommage ;
  • l’existence d’une faute de la victime.

Une expertise amiable contradictoire peut parfois permettre de résoudre le litige sans procès.

Lorsque les parties contestent l’origine de l’accident, une expertise judiciaire en référé peut être sollicitée avant toute action au fond. Cette mesure permet de faire désigner un expert indépendant et de préserver les éléments de preuve.

Exemple : la rupture d’une étrivière

Le document étudié présente le cas d’un cavalier grièvement blessé après l’ouverture ou la rupture d’une étrivière pendant une randonnée.

L’expertise avait mis en évidence une déformation importante des trous ainsi qu’un effilochage anormal malgré une faible durée d’utilisation.

La seule démonstration du défaut ne suffisait toutefois pas. Il fallait encore établir que celui-ci avait effectivement provoqué la chute.

Dans ce type de dossier, le juge examine l’ensemble des indices matériels : position du matériel après l’accident, témoignages, constatations techniques et déroulement de la chute.

L’exemple montre que la preuve du lien de causalité peut être établie par un faisceau d’indices concordants, même lorsque les essais techniques ne reproduisent pas exactement l’accident.

Exemple : un foin enrubanné devenu impropre à la consommation

Un autre exemple concerne le décès d’une jument après la consommation d’un foin enrubanné présentant des moisissures.

L’analyse avait établi que le fourrage était impropre à la consommation. Toutefois, les investigations avaient également montré que les moisissures pouvaient être apparues après l’achat en raison d’une distribution trop tardive.

Le producteur avait pu démontrer que le foin ne présentait pas le défaut au moment de sa mise en circulation et que les recommandations de consommation après ouverture n’avaient pas été respectées.

Cet exemple illustre une difficulté essentielle : la présence d’un produit dangereux au moment du dommage ne prouve pas nécessairement qu’il était déjà défectueux lorsqu’il a quitté le producteur.

Exemple : un cheval blessé dans un box dangereux

Le document présente également le cas d’un cheval qui s’était gravement sectionné un tendon après avoir coincé son pied dans une paroi de box.

L’installation laissait un espace suffisant pour qu’un membre puisse s’y engager et comportait une partie coupante non protégée.

Le propriétaire du cheval avait d’abord recherché la responsabilité du gérant de l’écurie, tenu d’assurer la sécurité de l’animal confié. Le gérant avait ensuite exercé un recours contre le vendeur ou fabricant des boxes.

La responsabilité du fournisseur avait été retenue, mais seulement en partie. Le professionnel de l’équitation avait constaté ou aurait dû constater le danger et prendre des mesures préventives.

Un partage de responsabilité avait donc été prononcé, le fournisseur devant garantir le gérant à hauteur de 70 % des condamnations.

Le professionnel équin peut-il être considéré comme fautif ?

Oui.

Le fait que le produit soit défectueux ne dispense pas le centre équestre, l’écurie ou l’éleveur de ses propres obligations de vigilance.

Un professionnel peut voir sa responsabilité retenue ou son indemnisation réduite s’il :

  • continue à utiliser un matériel manifestement endommagé ;
  • laisse des chevaux dans une installation dont il connaît la dangerosité ;
  • ne respecte pas les instructions du fabricant ;
  • conserve mal un aliment ;
  • dépasse une durée de consommation recommandée ;
  • monte incorrectement un équipement ;
  • ne réalise pas les opérations d’entretien nécessaires ;
  • n’isole pas un lot suspect ;
  • ne signale pas un danger aux utilisateurs ;
  • ne prend aucune mesure conservatoire après un premier incident.

La faute de la victime peut réduire ou exclure l’indemnisation lorsqu’elle a contribué au dommage.

Pour les exploitants, la traçabilité des contrôles et de l’entretien est donc essentielle.

Le fait d’un tiers exonère-t-il le producteur ?

Le producteur ne peut pas réduire sa responsabilité envers la victime en invoquant seulement l’intervention d’un tiers lorsque le défaut du produit a concouru au dommage.

Il peut néanmoins exercer ensuite un recours contre ce tiers s’il estime que celui-ci a également contribué à l’accident.

En pratique, un même sinistre peut donc donner lieu à plusieurs responsabilités :

  • celle du fabricant ;
  • celle du vendeur ;
  • celle de l’installateur ;
  • celle du centre équestre ;
  • celle du gardien du cheval ;
  • celle de la victime elle-même.

L’analyse juridique doit alors déterminer le rôle causal de chaque intervenant.

Qui peut être responsable après un accident équin ?
Intervenant Responsabilité susceptible d’être engagée Exemple
Fabricant Défaut de conception, de fabrication ou insuffisance des avertissements et instructions. Une étrivière se rompt après seulement quelques utilisations.
Importateur Il peut être assimilé au producteur lorsqu’il introduit professionnellement le produit dans l’Union européenne. Un casque importé présente une résistance insuffisante.
Vendeur Défaut de conseil, défaut d’information, vice caché ou mauvaises conditions de stockage. Un aliment est vendu sans information suffisante sur sa conservation.
Installateur Mauvais montage ou installation non conforme aux préconisations. Une paroi de box est mal fixée et provoque une blessure.
Centre équestre ou écurie Manquement à l’obligation de sécurité, de surveillance ou d’entretien. Le professionnel continue d’utiliser un box dont il connaît la dangerosité.
Propriétaire ou utilisateur Sa faute peut réduire ou exclure son indemnisation lorsqu’elle a contribué au dommage. Le matériel est utilisé malgré une détérioration clairement visible.

Quelles sont les causes d’exonération du producteur ?

Le producteur peut notamment tenter de démontrer :

  • qu’il n’a pas mis le produit en circulation ;
  • que le défaut n’existait pas au moment de cette mise en circulation ;
  • que le produit n’avait pas été fabriqué pour la vente ou la distribution ;
  • que l’état des connaissances scientifiques et techniques ne permettait pas de détecter le défaut ;
  • que le défaut résulte du respect obligatoire d’une règle légale ou réglementaire ;
  • que la victime a commis une faute ayant contribué au dommage.

La mise en circulation correspond au moment où le producteur se dessaisit volontairement du produit. Un produit ne fait en principe l’objet que d’une seule mise en circulation.

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Les clauses d’exclusion de responsabilité sont-elles valables ?

Un fabricant ne peut pas systématiquement supprimer sa responsabilité en insérant dans ses conditions générales une clause indiquant qu’il ne répondra d’aucun accident.

Les clauses qui écartent ou limitent la responsabilité du fait des produits défectueux sont étroitement encadrées.

Une possibilité existe notamment entre professionnels pour certains dommages causés à des biens qui ne sont pas principalement utilisés à des fins privées. Une telle clause ne permet toutefois pas nécessairement d’écarter les autres fondements de responsabilité ni les conséquences d’une faute personnelle.

Une analyse précise du contrat, des conditions générales et de la qualité des parties demeure indispensable.

Quels sont les délais pour agir ?

Deux délais doivent être distingués.

Le délai de trois ans

L’action fondée sur le régime des produits défectueux se prescrit par trois ans à compter de la date à laquelle la victime a eu ou aurait dû avoir connaissance :

  • du dommage ;
  • du défaut ;
  • de l’identité du producteur.

Ces trois éléments doivent être connus pour faire courir le délai.

Le délai de dix ans

Sauf faute du producteur, sa responsabilité est en principe éteinte dix ans après la mise en circulation du produit, à moins qu’une action en justice ait été engagée pendant cette période.

Il ne faut donc pas attendre l’aggravation du conflit ou la fin des expertises amiables pour vérifier les délais applicables.

D’autres fondements juridiques peuvent obéir à des prescriptions différentes.

Quels autres fondements peuvent être invoqués ?

Le régime des produits défectueux n’exclut pas nécessairement les autres actions dont dispose la victime.

Selon la situation, il peut être pertinent d’invoquer :

  • la garantie des vices cachés ;
  • la responsabilité contractuelle ;
  • le défaut de conseil ;
  • le défaut d’information ;
  • la faute du fabricant ;
  • la responsabilité de l’installateur ;
  • la responsabilité du dépositaire du cheval ;
  • la responsabilité du centre équestre ;
  • la responsabilité du vendeur professionnel ;
  • un régime particulier lié à un produit de santé ou à un équipement spécifique.

Le Code civil précise que le régime spécial des produits défectueux ne prive pas la victime des droits qu’elle peut tirer de la responsabilité contractuelle, extracontractuelle ou d’un autre régime spécial.

Le choix du fondement est stratégique. Il peut modifier les personnes à poursuivre, les preuves à produire, les délais applicables et les préjudices indemnisables.

Que doit faire un propriétaire après un accident ?

Après un accident impliquant potentiellement un produit défectueux, le propriétaire doit agir rapidement.

Il est recommandé de :

  1. faire soigner immédiatement le cheval ou la personne blessée ;
  2. immobiliser et conserver le produit ;
  3. photographier le matériel et les lieux ;
  4. recueillir les coordonnées des témoins ;
  5. conserver toutes les factures ;
  6. demander un certificat vétérinaire ou médical détaillé ;
  7. identifier le fabricant, le vendeur et l’installateur ;
  8. relever les numéros de série et de lot ;
  9. déclarer le sinistre à l’assureur ;
  10. éviter toute réparation ou destruction avant expertise ;
  11. solliciter un avis juridique avant de signer une transaction.

Un remboursement du produit ou un geste commercial ne couvre pas nécessairement l’intégralité des préjudices subis.

Que doit faire un centre équestre ou une écurie ?

Le professionnel doit simultanément protéger les personnes et animaux présents, préserver la preuve et déclarer le sinistre.

Il doit notamment :

  • cesser immédiatement l’utilisation du produit suspect ;
  • sécuriser la zone ;
  • vérifier les équipements identiques ;
  • isoler le lot concerné ;
  • informer les utilisateurs exposés ;
  • établir un rapport d’incident ;
  • conserver les vidéos de surveillance ;
  • déclarer le sinistre à son assureur responsabilité civile professionnelle ;
  • prévenir le fournisseur sans lui remettre l’unique pièce disponible ;
  • organiser une expertise contradictoire ;
  • vérifier les obligations de rappel ou de signalement.

Lorsque le cheval a été confié en pension, le propriétaire peut agir directement contre la structure. Celle-ci devra ensuite, si les conditions sont réunies, exercer un recours contre le fabricant ou le vendeur.

Comment limiter les risques pour un professionnel du secteur équin ?

La prévention ne repose pas uniquement sur l’achat de produits conformes.

Une structure équine doit pouvoir démontrer une véritable politique de contrôle.

Il est notamment recommandé de mettre en place :

  • un registre d’entretien des équipements ;
  • une procédure de vérification des boxes ;
  • un contrôle régulier des clôtures ;
  • une traçabilité des lots d’aliments ;
  • une conservation des factures et notices ;
  • une procédure de retrait des produits suspects ;
  • une formation des salariés ;
  • un protocole de signalement des anomalies ;
  • une vérification des exclusions et plafonds d’assurance ;
  • des conditions générales adaptées à l’activité.

Ces mesures ne suppriment pas tout risque, mais elles permettent de prévenir les accidents et de démontrer la diligence de l’exploitant.

Pourquoi faire intervenir un avocat en droit équin ?

Les dossiers de produits défectueux sont techniquement complexes.

Ils peuvent impliquer plusieurs entreprises, plusieurs assurances et plusieurs fondements juridiques. La victime doit également préserver les preuves, identifier le producteur, organiser une expertise et chiffrer des préjudices parfois évolutifs.

L’intervention d’un avocat en droit équin permet notamment :

  • d’identifier les responsables ;
  • de déterminer le fondement juridique le plus efficace ;
  • de préserver les délais ;
  • d’organiser une expertise contradictoire ;
  • de saisir le juge des référés ;
  • d’évaluer les préjudices du cheval, du cavalier ou de l’exploitation ;
  • de négocier avec les assureurs ;
  • d’engager une action indemnitaire ;
  • de défendre un professionnel mis en cause ;
  • d’exercer un recours contre le fabricant ou le fournisseur.

Les réflexes à adopter immédiatement après l’accident
Action Pourquoi est-ce important ? Erreur à éviter
Sécuriser les lieux Éviter un nouvel accident et protéger les personnes et les chevaux. Continuer à utiliser le produit ou l’installation.
Conserver le produit Le matériel potentiellement défectueux constitue une preuve essentielle. Le jeter, le réparer ou le retourner immédiatement au vendeur.
Prendre des photographies Documenter l’état du produit, les lieux et les conséquences du dommage. Photographier uniquement le cheval sans montrer l’équipement concerné.
Identifier les témoins Leurs déclarations peuvent confirmer le déroulement de l’accident. Attendre plusieurs semaines avant de recueillir leurs coordonnées.
Conserver les justificatifs Ils permettent d’établir et de chiffrer précisément le préjudice. Égarer les factures vétérinaires, médicales ou d’achat.
Déclarer le sinistre Préserver les garanties d’assurance et permettre l’organisation d’une expertise. Reconnaître sa responsabilité ou accepter trop rapidement une indemnisation définitive.
Consulter un avocat Identifier les responsables, les recours possibles et les délais applicables. Attendre l’expiration des délais ou la disparition des preuves.

Vous êtes confronté à un accident impliquant un matériel, un aliment ou un équipement équin ?

Qu’il s’agisse d’un cheval blessé, d’un accident de cavalier, d’un aliment contaminé ou d’une installation dangereuse, les premières mesures prises conditionnent souvent la réussite du dossier.

Le cabinet vous accompagne dans l’analyse des responsabilités, la préservation des preuves, l’organisation de l’expertise et la demande d’indemnisation.

Prenez rendez-vous avec un avocat intervenant en droit équin afin de faire analyser votre situation et les recours envisageables.

Questions fréquentes sur les produits défectueux en droit équin

Une selle mal adaptée est-elle nécessairement défectueuse ?

Non. Une selle inadaptée au cheval ne constitue pas automatiquement un produit défectueux. Il faut distinguer un défaut intrinsèque du produit d’une erreur de choix, de réglage ou de conseil.

La responsabilité du vendeur ou du saddle fitter peut cependant être recherchée en cas de conseil manifestement inadapté.

Un cheval blessé par une porte de box peut-il être indemnisé ?

Oui, si le défaut de conception, de fabrication ou d’installation de la porte est démontré et qu’il existe un lien de causalité avec la blessure.

La responsabilité du gestionnaire de l’écurie peut également être engagée s’il connaissait le danger.

Peut-on agir contre une sellerie en ligne ?

Oui. Selon les circonstances, l’action peut viser le fabricant, l’importateur, le vendeur ou plusieurs intervenants.

Il faut notamment vérifier qui a mis le produit sur le marché et sous quelle marque il était commercialisé.

Une notice absente peut-elle rendre un produit défectueux ?

Oui. Une information insuffisante sur l’utilisation, les risques, les contre-indications ou les conditions de conservation peut caractériser une insuffisance de sécurité.

Faut-il conserver le produit après l’accident ?

Oui. Le produit constitue généralement une pièce essentielle du dossier.

Il ne doit pas être jeté, réparé ou remis définitivement au vendeur avant qu’une expertise ou un constat ait pu être organisé.

Peut-on être indemnisé sans facture d’achat ?

L’absence de facture ne rend pas nécessairement toute action impossible, mais elle complique l’identification du produit, de sa date d’achat et du vendeur.

D’autres preuves peuvent être utilisées : relevé bancaire, courriel de commande, témoignage, numéro de série ou historique du compte client.

Le professionnel est-il responsable même si le fabricant a commis une faute ?

Plusieurs responsabilités peuvent se cumuler.

Un centre équestre peut être tenu d’indemniser le propriétaire du cheval en raison de ses obligations contractuelles, puis exercer un recours contre le fabricant du produit défectueux.

Une expertise privée suffit-elle ?

Une expertise amiable peut être utile, mais elle doit idéalement être contradictoire.

Lorsque l’enjeu est important ou que les responsabilités sont contestées, une expertise judiciaire peut apporter davantage de garanties procédurales.

Le fabricant peut-il invoquer une mauvaise utilisation ?

Oui. Une utilisation contraire aux instructions peut constituer une faute de la victime et réduire ou exclure l’indemnisation.

Le fabricant doit toutefois établir que cette mauvaise utilisation a contribué au dommage.

Combien de temps a-t-on pour agir ?

L’action fondée sur les produits défectueux est soumise à un délai de trois ans à compter de la connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur. Elle est également enfermée, sauf exception, dans un délai de dix ans après la mise en circulation du produit.

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