Le bail rural équestre désigne la location, à titre onéreux, de terres ou de bâtiments pour y exercer une activité équestre à caractère agricole : élevage, pension avec travail du cheval, centre équestre, écurie de valorisation ou d'entraînement. Depuis la loi du 23 février 2005, ces activités relèvent du statut du fermage, un ensemble de règles d'ordre public qui fixent une durée minimale de 9 ans, encadrent le loyer et accordent un droit au renouvellement au preneur. Un propriétaire qui loue ses herbages à une écurie, ou un exploitant agricole qui s'installe sur des terres qui ne lui appartiennent pas, ne peut donc pas écarter ces règles par une simple clause.
Ce guide, vérifié au 14 octobre 2026 sur les fiches officielles de l'administration française et sur la documentation de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) citées en fin d'article, s'adresse au propriétaire foncier, au gérant de centre équestre, à l'éleveur, au dirigeant d'entreprise équine et au cavalier professionnel de la filière équine qui envisagent de signer, de renouveler ou de contester un contrat portant sur des terres à chevaux. Il explique quand le statut s'applique, quels contrats y échappent, comment conclure le bail, quels sont les pièges à éviter, ce qui se passe à l'échéance et devant quelle juridiction compétente se règlent les litiges.
Louer des terres pour des chevaux n'est pas une location comme les autres : si l'activité est agricole, le statut du fermage s'impose aux deux parties, même sans écrit.
Activité agricole : élevage, préparation et entraînement des équidés en vue de leur exploitation sont agricoles ; la simple garde de chevaux ne l'est pas.
Durée : 9 ans au minimum, renouvelables par tacite reconduction ; un congé doit être délivré 18 mois avant le terme.
Loyer : le fermage se situe entre un minimum et un maximum fixés par arrêté préfectoral et suit un indice national publié chaque année.
Impayés : la résiliation suppose deux défauts de paiement persistant 3 mois après deux mises en demeure.
Litige : le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent ; une contestation de congé se forme dans les 4 mois.
Un contrat à rédiger ou un désaccord avec votre bailleur ou votre preneur ? Voir l'accompagnement du cabinet pour la rédaction des contrats équins.
Pendant longtemps, un centre équestre ou une écurie de propriétaires était traité comme une activité commerciale ou de loisir, et les terres qu'il occupait étaient louées sous des baux commerciaux, un bail civil ou une simple convention verbale. La réforme portée par la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux, dite loi DTR, a changé cette lecture en complétant l'article L311-1 du Code rural et de la pêche maritime. Ce texte répute agricoles « toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal », puis ajoute qu'il en est de même « des activités de préparation et d'entraînement des équidés domestiques en vue de leur exploitation, à l'exclusion des activités de spectacle ».
La conséquence est directe pour la location des terres. Le statut du fermage s'applique à toute mise à disposition à titre onéreux d'un immeuble à usage agricole pour y exercer une activité agricole au sens de cet article. L'IFCE rappelle dans sa documentation que cette règle est d'ordre public : elle s'impose quelle que soit la volonté des parties, et elle ne vaut que pour les baux conclus ou renouvelés après l'entrée en vigueur de la réforme de 2005. La documentation officielle de Service-Public ajoute que l'article L415-10 du même code range expressément parmi les activités obligatoirement soumises au statut « certaines activités équestres (entretien et préparation des équidés, à l'exception des activités de spectacle) ».
Selon la documentation officielle consacrée aux conditions d'application du statut des baux ruraux, trois éléments doivent être réunis pour que le bail à ferme s'applique en totalité :
Lorsque ces trois conditions sont réunies, les parties ne peuvent pas écarter le statut. L'administration est explicite : « Toute clause du bail contraire aux règles du statut est alors considérée comme non écrite et sans effets ». Un contrat intitulé « bail commercial » ou « convention de mise à disposition » peut donc être requalifié en bail rural si, dans les faits, il porte sur des terres agricoles louées à un éleveur ou à une écurie dont l'activité est la valorisation des chevaux.
La ligne de partage se situe dans la finalité de l'activité et dans l'utilisation du cheval. Élever des chevaux, débourrer et travailler des jeunes chevaux pour les vendre, entraîner des chevaux de sport ou de course, enseigner l'équitation avec sa propre cavalerie : ces activités supposent la maîtrise d'un cycle biologique ou la préparation d'équidés en vue de leur exploitation. Elles sont agricoles. À l'inverse, trois situations ont été exclues par les juges, selon la synthèse publiée par l'IFCE :
La pension appelle une précision. La même source indique que la prise en pension d'animaux est assimilée à un bail à ferme lorsque les obligations qui pèsent normalement sur le bailleur, comme l'entretien des clôtures ou la taille des haies, sont en réalité exécutées par le propriétaire des animaux. Une écurie qui ne fait qu'héberger des chevaux n'est pas agricole, mais une pension adossée à un élevage équin ou à un travail des chevaux peut le devenir. Chaque dossier se juge sur les faits, et la qualification du bail s'apprécie à la date de sa conclusion, principe rappelé par l'IFCE à propos d'un arrêt de la Cour de cassation du 6 septembre 2018 rendu au sujet d'un bail commercial portant sur un bien principalement affecté à la production de poulains : la requalification du bail dépend donc de l'utilisation du cheval réellement faite sur place.
| Situation | Activité agricole ? | Régime de la location |
|---|---|---|
| Naissage (poulinières, jeunes chevaux) | Oui, maîtrise d'un cycle biologique animal | Statut du fermage, d'ordre public |
| Écurie de valorisation, débourrage, entraînement | Oui, préparation d'équidés en vue de leur exploitation | Statut du fermage |
| Centre équestre avec cavalerie propre | Oui, hors activités de spectacle | Statut du fermage |
| Pension simple (garde et hébergement de chevaux de tiers) | Non, sauf accessoire d'une activité agricole par nature | Bail civil ou commercial selon le cas |
| Chevaux d'agrément d'un particulier | Non | Location de droit commun |
| Spectacle équestre | Non, exclusion expresse de la loi | Bail commercial le plus souvent |
Avant de conclure qu'un bail rural s'impose, il faut vérifier si le contrat n'entre pas dans l'une des catégories que la loi écarte ou soumet seulement en partie au statut. L'administration en dresse la liste à partir des articles L411-2 et L411-3 du Code rural :
Le piège le plus fréquent dans le monde du cheval est la « vente d'herbe ». L'administration précise qu'une vente d'herbe consentie chaque année au même exploitant agricole, pour la fenaison ou la pâture, est assimilée à un bail à ferme. Un propriétaire qui croit louer ses prés « à l'année » à un haras, sans engagement de durée, peut donc se retrouver lié par un bail de 9 ans avec droit au renouvellement.
L'écrit n'est pas obligatoire, mais il est vivement recommandé. Un bail verbal est valable dès lors que les conditions du statut sont réunies ; il est alors réputé conclu pour 9 ans aux conditions du contrat type établi par la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux, ce qui prive les parties de toute marge de négociation. Au-delà de 12 ans, le bail doit être rédigé par un notaire et publié au service de la publicité foncière. Le contrat doit mentionner la superficie et la nature des biens, mention qui conditionne sa validité selon la documentation officielle sur la conclusion du bail. Les fiches officielles consultées ne mentionnent aucun dépôt de garantie pour le bail à ferme : avant d'en accepter un, faites vérifier sa compatibilité avec les règles d'ordre public du statut.
Un état des lieux n'est pas imposé à peine de nullité, mais il est conseillé : établi dans le mois qui précède ou qui suit l'entrée dans les lieux, à frais partagés, il décrit les bâtiments, l'état des clôtures et des sols, et sert de base à l'indemnité au preneur sortant. En son absence, le preneur est présumé avoir reçu les biens en bon état.
Un contrat type agricole n'est pas pensé pour une structure équine ni pour le cheval. Voici les points à traiter expressément, dans le respect des règles d'ordre public :
Pour la rédaction de ces clauses et la cohérence avec vos autres contrats, consultez notre guide sur le contrat d'exploitation d'un cheval et, si vous créez votre structure, notre article sur le statut juridique pour ouvrir un centre équestre.
Le bail rural est conclu pour 9 ans au moins. Cette durée s'impose même si le contrat prévoit moins, ou s'il est verbal. Les parties peuvent choisir un bail à long terme de 18 ans, un bail de 25 ans ou un bail de carrière, qui se termine à l'année culturale où le preneur atteint l'âge de la retraite ; ces formules supposent un acte notarié.
Le fermage des terres nues et des bâtiments d'exploitation n'est pas libre. Il se situe entre un minimum et un maximum fixés par arrêté préfectoral, puis évolue chaque année selon l'indice national des fermages, constaté par arrêté ministériel avant le 1er octobre. Un éventuel logement loué avec les terres suit, lui, l'indice de référence des loyers. Le loyer est en principe payé à terme échu, selon les échéances prévues au contrat de location. Si le prix convenu s'écarte d'au moins 10 % de la valeur locative, une action en révision est ouverte devant le tribunal paritaire.
À l'échéance, le preneur en bail rural qui exploite effectivement les biens bénéficie d'un droit au renouvellement pour 9 ans. Si aucun congé n'est délivré, le bail se renouvelle par tacite reconduction. Le bailleur qui veut s'y opposer doit faire signifier un congé par acte de commissaire de justice 18 mois au moins avant la fin du bail, et motiver ce congé : reprise pour exploiter personnellement ou faire exploiter par son conjoint, son partenaire de PACS ou un descendant, reprise pour construire une maison d'habitation, changement de destination du terrain devenu constructible, ou faute du preneur. Celui-ci dispose de 4 mois pour contester le congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux.
La reprise pour exploitation personnelle est strictement contrôlée : le bénéficiaire doit se consacrer à l'exploitation pendant 9 ans au moins, habiter sur place ou à proximité, respecter le contrôle des structures et disposer des moyens financiers nécessaires. Un propriétaire qui reprend des herbages pour y installer sa propre écurie doit donc être en mesure de prouver un véritable projet agricole, dans le cadre du contrôle des structures.
Le preneur doit payer le fermage, exploiter personnellement et de façon raisonnable, assurer les réparations locatives et informer le bailleur avant tout changement important. Les grosses réparations, comme les murs porteurs, les toitures ou les murs de clôture, incombent au bailleur. Trois règles méritent une attention particulière dans le domaine équestre :
Ces obligations se combinent avec celles qui découlent de la garde des animaux : un exploitant qui héberge les chevaux de tiers reste responsable de leur garde, comme l'explique notre guide sur le contrat de pension de cheval.
Une nouvelle construction peut aussi peser sur le voisinage : odeurs, bruit et exception d'antériorité sont présentés dans notre guide sur les nuisances de voisinage d'une écurie.
Le bailleur ne peut pas résilier le bail de sa seule initiative. Il doit saisir le tribunal paritaire des baux ruraux, juridiction compétente pour ces litiges, et prouver l'un des motifs prévus par les articles L411-30 et suivants du Code rural. Le plus courant est le défaut de paiement : il faut deux défauts de paiement du fermage, chacun ayant persisté 3 mois après une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception. L'administration signale à ce sujet un arrêt de la Cour de cassation du 9 février 2022 selon lequel, dans un bail payable à terme échu, le fermage n'est pas exigible avant son échéance, même si un acompte a été versé. Les autres motifs sont les agissements qui compromettent la bonne exploitation du fonds, la cession ou la sous-location irrégulière et le non-respect des clauses environnementales.
De son côté, l'exploitant peut résilier avec un préavis de 12 mois en cas de départ à la retraite, d'incapacité de travail de plus de 2 ans, de décès d'un membre de la famille indispensable à l'exploitation ou d'acquisition d'une ferme qu'il doit exploiter. Une résiliation amiable reste possible à tout moment, à condition d'en fixer la date et l'éventuelle indemnité par écrit.
Le contentieux le plus fréquent en matière équestre, en France, n'est pas la résiliation, mais la qualification du contrat. Un gérant qui a signé un bail commercial ou une convention précaire pour un haras peut demander au tribunal paritaire de reconnaître l'existence d'un bail rural, avec les droits qui l'accompagnent : durée de 9 ans, loyer plafonné, droit au renouvellement. À l'inverse, un bailleur peut contester cette qualification en démontrant que l'activité réelle était une pension simple ou un usage d'agrément. La preuve porte sur les faits : revenus tirés d'une exploitation agricole, inscription à la MSA, registre des équidés détenus, naissances de poulains, contrats de valorisation. Pour les situations impliquant un haras ou un élevage équin, voir la page du cabinet dédiée à l'accompagnement juridique des haras.
Les situations suivantes sont fictives et simplifiées pour illustrer le raisonnement.
Voici, dans l'ordre, les démarches que nous recommandons avant de signer ou de contester un contrat, dans le cadre de la gestion de votre structure :
Un centre équestre peut-il refuser le statut du fermage ? Non, si son activité est agricole et que les terres sont louées à titre onéreux. Le statut est d'ordre public et les clauses contraires sont réputées non écrites.
Une pension de chevaux relève-t-elle du bail rural ? Pas en elle-même. La Cour de cassation a jugé que le seul gardiennage de chevaux n'est pas une activité agricole. La solution change si la pension est accessoire à un naissage ou à une activité de préparation et d'entraînement des chevaux.
Peut-on louer des prés à un cavalier amateur sous bail rural ? Un particulier qui détient des chevaux pour son agrément n'exerce pas d'activité agricole : la location relève du droit commun, sauf si une activité de naissage ou de valorisation se développe sur les terres.
Quelle durée pour un bail rural équestre ? 9 ans au minimum, y compris pour un bail verbal. Des baux de 18 ans, de 25 ans ou de carrière sont possibles par acte notarié.
Le bailleur peut-il récupérer ses terres pour y mettre ses propres chevaux ? Seulement par un congé pour reprise délivré 18 mois avant l'échéance, et s'il remplit les conditions d'une exploitation personnelle pendant 9 ans au moins. Un simple usage d'agrément ne justifie pas une reprise.
Que risque un preneur qui sous-loue des boxes ? La sous-location est interdite sauf exceptions limitées ; elle constitue une cause de résiliation du bail et de refus de renouvellement.
Pages du site officiel de l'administration française (entreprendre.service-public.gouv.fr) et documents de l'IFCE, ouverts le 14 octobre 2026 :
La qualification du contrat se joue dès sa conclusion et conditionne, pour des années, la durée, le loyer et la possibilité de reprendre ou de conserver les terres. Le cabinet Le Bouard Avocats, présent à Versailles et à Paris, accompagne en France les propriétaires fonciers, les éleveurs, les gérants de centres équestres et les cavaliers professionnels dans la rédaction et la négociation des baux, la requalification des contrats et les procédures devant le tribunal paritaire des baux ruraux, et publie sur son blog les informations pratiques du droit équin. Vous pouvez prendre rendez-vous avec un avocat en droit équin pour faire examiner votre situation.
Maître Noémie Le Bouard vous reçoit au cabinet à Versailles, par téléphone ou en visioconférence.
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